Ainsi va la vie…

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit ici, je sais.

J’avais prévu un super article début février que je vous ferai bientôt sur une expérience originale et sympa que j’ai vécue récemment (on ne s’enflamme pas, quand je dis originale on est plus près de “j’ai visité le musée de la couche-culotte à Glaoui-les-Bains” que de “j’ai fait un vol en orbite avec Thomas Pesquet nu”).

Et puis bon entre temps j’ai fait une expérience originale mais pas sympa du tout qui m’a un peu coupé l’envie d’écrire. L’envie d’écrire, de lire, de dormir, de sourire, et de faire plein de trucs en -ire (mais pas de boire, Dieu merci).

Ça nous arrive à tous, l’univers qui nous met un taquet dans les gencives, comme ça, gratuitement, au moment où on commençait à se dire que finalement c’est pas mal la vie, ce truc qui consiste à passer du temps sur cette planète à pas faire grand chose d’utile au fond, mais les beaux jours reviennent et c’est l’heure de l’apéro avec les copains. Et puis voilà, cette pute qu’est la vie sent qu’on a bien pris la confiance et nous rappelle qu’on n’est pas là pour rigoler, que si on voulait ne rien ressentir d’affreux il aurait fallu être une pomme de pin ou un bout de caillou, mais pas un être humain, tant pis pour notre gueule.

Je n’ai jamais bien compris comment on pouvait penser “ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort” (alors que je comprends bien “ce qui vous tue vous rend plus mort”, ça a le mérite d’être frappé au coin du bon sens), parce que franchement, quelqu’un qui voit crever tous ceux qu’il aime devient-il vraiment plus fort que s’il avait vécu entouré de leur amour? Mmmm, m’est avis que non pas vraiment.
Cette expression fonctionne certainement pour les troubles mineurs de l’existence (ma collègue Josie m’a volé ma présentation powerpoint que je devais faire devant le big chef/ ma pire ennemie de lycée s’est mariée avant moi/ ils n’ont plus cette paire d’escarpins en 38) (quoi que… pour le dernier cas, je peux concevoir qu’un traumatisme profond et durable puisse ébranler les plus solides d’entre nous. Quand on a un coup de foudre pour une paire de chaussures, le chagrin de la déception peut être terrible).
Mais quand il s’agit de vraies blessures de la vie, franchement, ce qui ne nous tue pas nous abîme quand même salement. Nous sommes des boites de métal usées dans lesquelles les enfants shootent sur le trottoir, et nous gardons en nous les traces des impacts contre le bitume.

En fin de sixième, notre prof de français nous avait demandé un texte libre, personnel sur ce que nous avait appris cette année. Pas d’un point de vue scolaire, juste comment nous avions évolué en tant que personne au cours de cette année. Je me souviens juste de la fin de mon texte, où je m’étais livrée sur les souffrances de l’année mais aussi ce que j’en avais appris, et je terminais par une phrase du style “j’ai acquis de solides chaussures qui me permettront d’avancer dans la vie sans plus souffrir lorsque je rencontrerais des obstacles”. Passons sur la métaphore minable que je trouvais sans doute géniale. J’avais 12 ans.
Douze ans putain. Et je pensais m’être endurcie. Être capable d’affronter la vie.
LOL.

Aujourd’hui j’ai trois fois douze ans (ou deux fois dix-huit ans comme dirait Dalida) et à aucun moment je ne me permettrais de me dire que je suis capable d’encaisser. Je pense même qu’avec le temps j’ai tendance à encaisser de moins en moins, ou en tout cas à mettre plus de temps pour me remettre.

J’admire les gens capables de compiler les phrases et pensées positives sur leurs réseaux sociaux et dans leurs journaux intimes (“The best is yet to come”, “Never give up” ” Don’t forget to be happy” “The yes needs the no to win again the no”, pardon, je m’enflamme….). J’ai été un peu comme ça, mais j’ai trouvé la chute encore plus dure quand les événements venaient complètement les balayer.

Et c’est dur de ne pas tomber non plus dans la complainte permanente (d’ailleurs je sens certains là dans le fond qui commencent à rassembler leurs affaires et à essayer de se barrer discretos, parce que bon ils étaient venus sur ce blog pour rigoler, pas pour écouter une vieille fille se lamenter sans caser une seule blague de cul en 20 lignes) (ben quoi, Thomas Pesquet nu en apesanteur ça ne vous suffit pas?) (oui oui je sais quelle image vous avez à l’esprit précisément bande de petits coquinous).

Face à cette situation, il y a deux façons de réagir: se rouler en boule en espérant que ça passe, ou se relever et avancer. Si la vie était binaire on choisirait l’une ou l’autre. Mais on sait tous qu’on alterne entre les deux, rechutant puis nous relevant.

Bon j’ai déjà été bien longue, en plus on est vendredi, on n’est pas venus ici pour se tirer des balles, juste pour s’ambiancer avant le week-end. Alors là, vous allez dire, mais comment va-t-elle conclure ce billet? Morale déprimante? Note d’espoir?

Perdu, je vais juste vous laisser avec des bébés pandas, parce que c’est quand même la meilleure façon de se réconcilier avec la vie.

A bientôt, et d’ici là prenez soin de vous.