Le drame des sardines

Le drame des sardines

“Qu’est-ce qu’on est serré au fond de cette boîte,
chantent les sardines, chantent les sardines,
qu’est-ce-qu’on est serrés au fond de cette boîte,
chantent les sardines entre l’huile et les aromates.”

Patrick Sébastien, poète du XXIème siècle

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 Intérieur jour. Dans un cabinet médical.

Docteur: “Bon, voilà je vous ai prescrit des médicaments, je vous conseille aussi de manger un certain nombre d’aliments qui peuvent vous aider. Vous aimez les sardines?

Moi: Euh…oui

Docteur: Et les maquereaux?

Moi: Je préfère bosser en indépendante. Oui aussi.

Docteur: Parfait. Mangez-en. Trois à quatre fois par semaine.

Moi: Ah oui quand même…

Docteur: ça fera 23 euros.”

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Lundi

Quelques jours plus tard, au supermarché, j’observe une belle promo sur les sardines fraîches. Je me dis que ça tombe bien dis-donc, que c’est mieux que les sardines en boîte et que d’après les explications, elles sont précuites et il suffit de les réchauffer brièvement au micro-ondes.
Je me dis que ça va sûrement m’éviter les horribles odeurs de cuisson de poisson qui font que je n’en fais plus chez moi ou quasiment jamais.

Retiens-bien ce moment d’insouciance, où ma vie était simple, où je ne mesurais pas les conséquences de mes actes.

Je commets donc l’acte fatidique, et achète les fameuses sardines.

Mardi

Je sors du boulot, le soleil brille, les oiseaux chantent, tout va bien. Enfin, en apparence, car en vérité, le sombre nuage de l’angoisse s’apprête à s’abattre sur mon domicile.

Moi “Je viens de rentrer chez moi, j’ai très très faim, j’ouvre mon frigo. Oooh il y a mes sardines! comme ça tombe bien! Allez hop, je les mets au micro-ondes!”

Deux minutes plus tard je déguste mes sardines, aidée par le chat.
Mais bon, je ne suis pas idiote, j’aère à mort la cuisine, puis la salle à manger, et j’ai bien sûr fermé la porte de la chambre.

Je me dis que ça sent quand même fort la sardine, mais qu’en faisant un courant d’air ça ira.

Mercredi

Au réveil, je comprends direct que la journée va être compliquée, ma chambre et tout l’appart puent l’entrejambe d’une candidate de Pékin Express en fin de parcours.

J’aère à mort. Je rentre même déjeuner chez moi pour pouvoir aérer. J’aère encore toute la soirée (putain ça caille).

Jeudi

J’ai pris froid à force d’aérer, mais mon nez n’est pas assez bouché, je sens encore cette odeur immonde. Je mets du Febreze sur mes rideaux et mon canapé. J’allume une bougie parfumée, geste aussi dérisoire que de mettre une goutte de Chanel numéro 5 dans une décharge publique.

Vendredi

C’est toujours une infection. Je soupçonne le chat d’avoir pris une sardine en douce et l’avoir planquée sous un meuble. Je sors mon spray purifiant aux 51 huiles essentielles (pourquoi 51, pourquoi pas 50 ou 52? Hommage à une boisson anisée? Numéro fétiche du fabricant? je ne sais pas).

Samedi

J’évite au maximum d’être chez moi. J’ai changé mes draps, lavé les petits voilages de la cuisine, rien n’y fait. Je me mets du parfum autour du nez pour survivre.

Dimanche

Aération, huiles essentielles, Febreze, bougies, encore et encore. A chaque fois que je me dis que c’est bon, c’est qu’en fait je me suis plus ou moins habituée à l’odeur et je ne me rends compte du problème que lorsque je sors de chez moi puis que je rentre. Là, l’odeur m’assaille.

Lundi

Je suis crevée après une journée de boulot, mais je traîne pour rentrer le plus tard possible chez moi.

Mardi

Je bois des coups dans un bar en sortant du boulot. Tard. Avec n’importe qui. J’envisage de suivre un inconnu à l’hôtel.

Mercredi

 Je regarde les termes de mon contrat d’assurance, mais malheureusement les incendies d’origine criminelle ne font pas partie des sinistres couverts.

Jeudi

L’odeur s’est incrustée dans les pores de ma peau et mes cheveux, je n’ose plus faire la bise aux gens.

Vendredi

J’essaie des recettes de grand-mère trouvées sur le net. Ces grands-mères n’ont manifestement jamais eu à faire à des sardines mutantes. Vinaigre blanc, citron, bicarbonate de soude, marc de café, rien n’y fait.

Samedi

Je me laisse 24 heures pour trouver une solution, sinon tant pis, j’opterai pour une solution radicale.

Dimanche

“Vends appartement, 60 m², proche commerces et transports en commun, entièrement meublé.
14,50 euros frais d’agence inclus, prix à débattre.”

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La prochaine fois, je me fais des pâtes au beurre.

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