Un meurtre presque parfait

Un meurtre presque parfait

La semaine dernière, je me suis levée pleine d’espérance et de gratitude la tête dans le cul. J’ai maudit mon réveil, la vie, mon job, les rêves chelous que j’avais faits, ma machine à café what else qui déconnait, et globalement l’univers pour m’infliger encore une fois cette torture qu’on nomme le lundi matin.

J’ai fait le premier truc que je fais chaque matin en me levant: pisser, consulter mon portable, surfer sur les réseaux, checker mes mails, et faire un point sur ce que vous avez tous fait pendant mon sommeil. Bilan: pas grand chose. Logique, me diras-tu, la nuit vous dormez tous comme des bébés (enfin non, justement pas comme des bébés, qui se chient dessus et hurlent toutes les deux heures pour obtenir du lait en poudre), pendant que moi je cherchais le sommeil.

Et là est apparu ce magnifique statut de Klaire. Si, si, Klaire, vous la connaissez, c’est elle qui fait de infographies trop de la balle qui font rigoler mais avec du sérieux dedans, et qui est bien active sur twitter notamment.

Et figurez-vous qu’au delà de la solidarité totale que j’ai eu envie de lui manifester vis-à-vis de cette galère qu’est l’insomnie (en temps cumulé, je pense que techniquement c’est ma BFF, vu que je passe nettement plus de temps avec elle qu’avec la plupart des gens de mon entourage) (car oui, j’ai un entourage, les gens sont masos que voulez-vous) (je ne parle pas de ma famille, qui s’est résignée à accepter mon existence depuis quelques décennies, mais de vrais gens qui pourraient fuir, mais restent. Des héros anonymes), bref au delà de l’insomnie tout ça (mon dieu que cette phrase est longue), je me suis tout à fait reconnue dans ce statut.

Je ne sais pas si ce sont les nombreuses séries policières que je regarde depuis des années (américaines, nordiques, et même genre australiennes, néo-zélandaises, et venues de pays où il ne pleut pas chelous), ou alors les polars que je dévore depuis ma plus tendre enfance (je n’ai jamais compris cette expression “tendre enfance”, l’enfance est tout sauf tendre, cf les Malheurs de Sophie): j’ai lu tous les Agatha Christie (plus de 80 je crois) à l’adolescence, et depuis ce goût du triptyque meurtre/enquête/résolution ne me quitte pas.

Du coup, inévitablement j’ai déjà réfléchi cent fois au meurtre parfait.

Déjà, la base c’est de faire disparaître l’arme, certes, mais si possible aussi le corps.

Pour l’arme, j’ai déjà pensé à la jeter dans le Rhône (j’habite Lyon) mais ensuite j’ai pensé aux caméras de videosurveillance qu’il y a sur les ponts et les berges.

Pour le corps j’ai pensé à le détruire à l’acide dans une baignoire au milieu d’une grange abandonnée. Mais il faut avoir une grange et une barrière, de l’acide, une baignoire, ne pas se faire repérer aux péages. On passe outre le fait que je n’ai ni permis ni voiture, bien sûr. Et qu’il me faudrait un complice. Qui dit complice, dit risque d’aveu un jour de faiblesse, donc nécessité de commettre un second meurtre, on ne s’en sort pas. Donc pas de complice, pas de grange, pas de baignoire, pas d’acide.

Bref, je travaille le sujet de façon très précise depuis des années.

Je pense aussi au lieu du crime, et si jamais je dois laisser le corps sur place (ça pèse quand même lourd, un corps) il faut vraiment éviter toute trace d’ADN. Du coup, la charlotte de bain s’impose sur les cheveux. Car je perds beaucoup mes cheveux. Tiens d’ailleurs, astuce, si tu veux commettre un crime, prends comme bouc émissaire quelqu’un comme moi qui perd bien ses cheveux, ramasse-les et dépose-les de façon harmonieusement aléatoire autour du cadavre de ta victime.

J’ai aussi pensé au jour où commettre le meurtre, c’est super important parce que plus la “disparition” de la personne met du temps à être remarquée plus c’est dur de trouver des preuves (aka plus vous avez le temps de les détruire), et de déterminer précisément le moment du crime. Et donc de bidouiller un alibi.

Donc le mieux est de buter la personne à un moment où il est normal qu’elle soit absente de chez elle par exemple (séminaire Tupperware à Poitiers, déplacement professionnel à la Bourboule, week-end thalasso à La Hague…). Ou à la limite le matin quand la personne part au travail pour que son conjoint ne s’en rende compte que le soir. Si la personne vit seule au contraire il faut la choper le soir puisque personne ne s’inquiètera jusqu’au lendemain.

Quant à la méthode, l’idéal serait quand même le poison magique incolore, inodore et surtout qui ne laisse pas de trace dans le sang. Le problème est de se le procurer sans laisser de trace (là encore, il faudrait peut-être tuer le fournisseur). Et se pose aussi la question de la façon de l’administrer. Une option sympa est de le mettre dans un aliment entamé au frigo (jus d’orange, lait) ou au congélateur pour différer le moment où la personne l’absorbe par rapport au moment où vous êtes présent à son domicile et cela permet d’avoir un alibi. Sinon reste l’administration avec une seringue pendant le sommeil, mais il faut choisir une zone d’injection discrète (dans le nombril ou sous une aisselle poilue) (miam).

Bref, je tâtonne encore comme vous le voyez, j’ai éliminé pas mal de pistes mais je dois encore travailler mon sujet. Bon, d’un côté ça tombe bien, je n’ai pas planifié de meurtre prochainement. Mais un accident est vite arrivé, mieux vaut être prévoyant, et les motifs de meurtre restent nombreux (port de la coupe mulet ou de survêtements en toile de parachute, gens qui disent “au jour d’aujourd’hui”, ou “je te l’avais bien dit”, fans de René la Taupe…, les mobiles ne manquent pas).

Et toi? Tu es aussi un(e) dangereux(se) psychopathe qui a déjà réfléchi au sujet, ou quand ton esprit vagabonde tu te contentes de penser à de jolis papillons voletant au dessus d’un champ de fleur? Tu es plutôt “Je réfléchis à l’option chandelier dans la bibliothèque” ou “Je visualise des lolcats trop choupinous.”?
Et si tu es déjà passé(e) à l’acte sans te faire choper, n’hésite pas à témoigner en commentaires, ça m’intéresse (et les forces de l’ordre aussi, très certainement).

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